Apologie de l’action réfléchie face au tsunami climatique
« Heat is coming. »
Le 30 avril 2026, James Hansen, le climatologue qui alertait le Sénat américain en 1988 sur les risques du réchauffement climatique, écrivait1 que l’année en cours pourrait devenir la plus chaude jamais connue par l’humanité, amplifiée par un Super El Niño plus précoce. La bascule commence.
La chaleur et la sécheresse qu’elle provoque sont un fait majeur de notre époque, celui qui change tout : les pratiques sociales, la résistance des êtres humains, des animaux, des végétaux, des matériaux, des infrastructures, des bâtiments et des modèles économiques.
À force d’entendre des alertes depuis plusieurs années, nos esprits finissent par s’y habituer. Ce signal d’urgence n’a pas encore bouleversé nos vies quotidiennes, notamment dans les villes, ou alors de façon ponctuelle, lors de catastrophes naturelles, de feux de forêts géants ou de canicules, comme ceux que l'Europe vient de traverser en cet été 2026. Nous rangeons cette information parmi les autres reçues quotidiennement.
« On verra bien le moment venu » se dit-on. Certains pensent même que les alertes sont exagérées, quand ils n’en contestent pas tout simplement le fondement. Entre l’habitude et l’inédit dérangeant, la première l’emporte.
Quand, en 2004, un tremblement de terre se déclenche dans l’océan Indien, provoquant un des plus terribles tsunamis enregistrés sur terre, nous avons pu voir ces images effrayantes : certaines personnes restent immobiles sur la plage, sidérées par la vague qui approche ; d’autres fuient en courant. À la sidération ou la fuite, nous proposons l’action préventive réfléchie.
C’est dans cet esprit que nous avons initié ce Livre Blanc, afin d’anticiper l'ampleur de la vague qui a déjà commencé à produire ses effets, au moment où il est encore possible d’en limiter les conséquences, d’en atténuer l’intensité et de se préparer à affronter ce qui adviendra inéluctablement.
Nous l’avons également écrit pour déconstruire l’idée d’un désengagement des sujets environnementaux. Si le signal politique peut donner cette impression, il n’en est rien sur le terrain de l’investissement : institutionnels, fonds souverains, fonds de pensions et acteurs privés maintiennent le cap et continuent de considérer la transition environnementale comme un moteur structurel de création de valeur et de résilience.
«Nous ne sommes pas dans un cycle de désamour. Nous traversons un cycle de brouillard.»
Nous l’avons écrit, aussi, pour mettre en lumière la réalité du marché des solutions environnementales : l’un des champs d’opportunités les plus prometteurs de notre époque. Les thèses d’investissement n’ont jamais été aussi solides, et les opportunités aussi nombreuses. Nous nous exprimons ici en praticiens des marchés privés, avec 2,3 Md€ d’actifs sous gestion consacrés aux solutions environnementales2, notamment à travers quatre stratégies d’impact environnemental.
Nous l’avons enfin écrit parce que nous ne pouvons pas nous permettre, dans un contexte de contraction des financements publics et face à l'urgence et à la gravité de la crise environnementale, de laisser se déployer des stratégies d’investissement qui ignoreraient la situation. Le temps presse. Les deux super-cycles de l’intelligence artificielle (IA) et de la défense vont verrouiller une part massive du capital pour les cinq à sept prochaines années.
Nous ne sommes pas dans un cycle de désamour, nous traversons un cycle de brouillard. L’Europe dispose d’atouts considérables pour devenir la place forte des solutions environnementales : une base scientifique de premier plan, une capacité d’innovation reconnue, un tissu entrepreneurial profond, diversifié et dynamique. Elle a les moyens de transformer cette transition en levier de compétitivité autant qu’en facteur de résilience et de souveraineté.
Cela suppose de changer de doctrine, de sortir des approches en silos, d’accroître la transparence, et d’orienter davantage les financements vers les projets capables de démontrer un impact réel, mesurable et durable.
C’est l’ambition des trois propositions formulées dans ce Livre blanc afin de transformer notre diagnostic en une trajectoire d’action concrète.
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